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 La synchronicité ...d'après certains cherchants...

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LancelotdeFohet
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MessageSujet: La synchronicité ...d'après certains cherchants...   Ven 12 Déc 2008 - 3:15

Ignoré de nos dictionnaires, qui ne connaissent que « synchrone » ou «
synchronie », le mot synchronicité vient comme eux des racines grecques sun
(avec) et khronos (temps). Il fut forgé par le psychologue Carl Gustav Jung pour
désigner « l’occurence simultanée de deux évènements reliés par le sens et non
par la cause. »

Jung aimait illustrer la synchronicité en racontant
l’histoire de deux scarabées, dont l’un se cogna un jour contre sa vitre au
moment précis où une patiente lui parlait de l’autre, un bijou en or qui lui
avait été offert la nuit précédente dans un rêve. Il ne cachait pas le plaisir
étonné qu’il avait éprouvé à ouvrir la fenêtre, à saisir l’insecte, à le tendre
vers sa patiente et à s’écrier : « Le voici, votre scarabée ! », déclenchant
chez elle le déclic libérateur de la cure.

Le père du concept
d’inconscient collectif n’hésitait pas à avouer l’émoi qu’avaient causé, pour
lui comme pour Freud, les craquements soudains de la bibliothèque du maître, au
soir du 25 mars 1909, alors que s’achevait leur dispute au sujet de l’intérêt,
pour la psychanalyse, d’étudier les phénomènes parapsychologiques.

La
réticence de Freud se comprend aisément, et relevait autant d’objections
théoriques que d’une stratégie de méfiance face à un domaine dit à l’époque «
occulte », aux contours sulfureux et imprécis. Aujourd’hui encore, et bien que
Jung ait insisté sur son importance, la synchronicité reste loin d’être
acceptée, prise en compte ou même étudiée. Pour Isé Masquelier, dirigeante de la
fédération française de yoga et auteur d’un livre sur Jung, cela tient en partie
à ce que ce dernier « n’a pas assez formalisé sa théorie, la laissant à l’état
d’hypothèse flottante. » Quant à Michel Cazenave, l’un des principaux éditeurs
jungiens de France, s’il ne craint pas de se risquer à « expliciter » la
dite-hypothèse, c’est en prévenant qu’il s’agit « sans doute du domaine où Jung
est, de prime abord, le plus facilement suspect de mysticisme, quand on ne parle
pas franchement de magie. » Les coïncidences se situent à la frontière entre
matière et esprit, entre individu et collectif, entre sagesse et folie. Souvent,
le déchiffrage d’une synchronicité s’avère impossible au-delà du troublant
constat des faits. Ou bien l’évènement a un sens, mais reste confus a
posteriori. Ou encore, il est clair, mais n’enseigne rien. Effrayée, la pensée
se rebiffe devant ces « évènements reliés par le sens et non par la cause ». Ce
qui les relie ne peut s’ordonner qu’au sein d’un mystérieux univers « acausal et
intemporel », quoique signifiant et accessible de manière spontanée. Croire en
de tels liens ne procède-t-il pas de la pensée magique... ou du délire
psychotique, dont les victimes, on le sait bien, voient des signes à interpréter
partout ?

La logique cartésienne propose d’invoquer le hasard, enfant du
chaos et l’insignifiance. Cette tentation illustre certes l’importance (ambiguë)
accordée aujourd’hui à ce concept dans la gestion de l’inconnu, mais elle
escamote la synchronicité elle-même. Les Anciens, poussés par leur pragmatisme à
prendre tranquillement en compte toutes les ressources de la réalité plutôt qu’à
tenter d’en dégager à tout prix l’explication, voyaient au contraire dans les
coïncidences une preuve de l’unité fondamentale entre les mondes physique et
psychique. Ils se faisaient du hasard une tout autre vision. Voyez, par exemple,
ce qu’on en pensait au Moyen-Äge. Ou, aujourd’hui encore, dans le monde chinois
. Pour les Occidentaux, l’image typique du hasard est celle d’une pièce jetée en
l’air, dont on ne sait si elle va tomber sur pile ou sur face. Pour les Chinois,
l’image typique de Ou et Peng (idéogrammes les moins éloignés du mot hasard) est
celle d’un petit oiseau, le loriot, en train de se poser sur une branche. Du
point de vue occidental, on pourrait dire que l’oiseau se pose « n’importe où »,
« au hasard ». Du point de vue chinois, c’est autre chose.

Depuis
Leibnitz, plusieurs grands penseurs modernes ont tenté de « percer le secret »
du Yi King - le fameux Livre des Transformations, enraciné dans des pratiques
taoïstes remontant à la préhistoire. C’est d’ailleurs à propos du Yi King que
Jung mentionna pour la première fois, en 1930, son principe de
synchronicité.

De l’alchimie à la mécanique quantique
Cela dit,
croire la pensée occidentale essentiellement étrangère à cette vision du monde
serait la limiter au rationalisme mécaniste, dont le culte du hasard commence
aujourd’hui à trouver ses limites, aux franges de chaque domaine de la
connaissance. Jung trouva sans peine des sources sérieuses où alimenter son
principe de synchronicité. Il retint par exemple de la tradition alchimiste sa
différence entre l’imaginatio fantastica (l’imaginaire) et l’imaginatio vera
(l’imaginal). Cette dernière, fonction imaginatrice active, ferait apparaître
dans les synchronicités, de façon plus ou moins claire, « a priori et en dehors
de l’homme », le sens caché des choses. Platon apportait par ailleurs ses «
idées fondamentales », images transcendantales servant de modèles (pour Jung,
d’archétypes) aux formes empiriques (objets, pensées, actions). La conscience
émergerait d’un « savoir absolu », constitué de l’inconscient collectif
structuré en archétypes, et servant de façade psychique à un univers conçu comme
physico-psychique. La synchronicité, c’est-à-dire l’événement mais aussi
l’importance qu’on lui accorde et le sens qu’on lui donne, témoignerait de la
concordance entre le psychisme de l’individu et l’archétype avec lequel il
résonne.

La réflexion sur cet univers physico-psychique rejoignait tant
les questions posées par la physique quantique que Jung s’adjoignit sans peine
les talents de Wolfgang Pauli, prix Nobel de physique en 1945 (et seul physicien
de renom à avoir refusé de participer à l’élaboration de la bombe atomique). La
plus audacieuse des disciples de Jung, Marie-Louise von Franz, n’hésita pas à
invoquer les « analogies surprenantes » entre la physique quantique et les
théories jungiennes pour soutenir qu’il « devient probable que la dimension de
la matière universelle et celle de la psyché objective puisse être une ». Ce «
tout physico-psychique » se présenterait comme matériel au physicien qui
l’observe de l’extérieur, et comme psychique à qui l’aborde par
l’introspection.

Malgré l’adhésion de nombreux grands physiciens à des
philosophies qui se fondent sur ces idées - notamment au bouddhisme -, la
majorité des scientifiques s’en tient aujourd’hui à l’interprétation officielle
de l’Ecole de Copenhague et à son compromis dit « réaliste », selon lequel, la
matière n’étant pas, au niveau quantique, dissociable du processus
d’observation, le discours de la physique quantique ne peut prétendre la
décrire, mais porte uniquement sur la connaissance que ses théories en donnent.
Dans un tout autre genre - que certains scientifiques appelleraient «
heuristisque », c’est-à-dire non prouvé mais fertile en hypothèses intéressantes
-, on se rappelle que le biologiste Rupert Sheldrake a proposé, au début des
années quatre-vingt, une théorie révolutionnaire qui expliquerait toutes les
coïncidences en les intégrant à un champ, dit de « résonance morphique ». De
nature non-énergétique, ce champ - théoriquement admis par les plus grands
mathématiciens, dont René Thom, mais pratiquement si global et si perturbant que
l’hypothèse a du mal à passer - mettrait en liaison toutes les formes
semblables, que celles-ci soient mentales ou comportementales, biologiques ou
minérales. Avec un flegme très britannique, Rupert Sheldrake teste patiemment
son hypothèse depuis des années, notamment sur des animaux domestiques, des
cristaux, des amputés et des cruciverbistes. Bref, le dossier scientifique est
loin d’être clos et nourrira bien des débats encore. Mais l’impossibilité de
consolider scientifiquement la théorie de la synchronicité ne l’empêche pas de
fonctionner. Ni d’être mise en pratique...

Se relier à l’ensemble des
possibles

À l’heure où les deux romans de « fiction spirituelle » les
plus populaires s’inspirent largement de la synchronicité (le « langage du monde
» de l’Alchimiste et les « coïncidences » de la Prophétie des Andes), des
chercheurs et des expérimentateurs de plus en plus nombreux travaillent sur elle
et surtout avec elle. Parmi eux, le conteur et thérapeute Jean-Pascal
Debailleul. Dans un ouvrage remarqué, Vivre dans la magie des contes (éd. Albin
Michel), ce dernier avait constaté - après d’autres, dont Marie-Louise von Franz
- que les contes de fées sont de puissants récits initiatiques et des manuels de
sagesse résolument pratiques, mis à la disposition des hommes souhaitant se
lancer dans une quête spirituelle. Dans sa pratique du conte comme outil de
développement personnel, il s’était à son tour rendu compte que la structure qui
fonde la plupart de cesrécits est calquée sur celle de notre psyché. On y voit
un roi (le maître intérieur) confier au héros (notre attention consciente) une
mission à première vue impossible à accomplir (notre vocation). Mais pour autant
que le héros s’engage dans sa quête de toute son âme (l’engagement et le lâcher
prise), il bénéficie d’une série d’événements magiques - des coïncidences, nous
y voilà ! - le conduisant à réaliser son souhait. Depuis des années, Jean-Pascal
Debailleul s’était attaché à vérifier, dans ses ateliers, la pertinence de ce
schéma avec des « patients-collaborateurs » qu’il engageait à devenir « héros de
leur propre conte », c’est-à-dire de leur vie. La part des fées, ces
interventions « magiques » qui volent au secours du héros, il l’avait nommée «
fécondité ». Mais pour que celle-ci entre en jeu, il avait remarqué qu’à
l’instar du conte, il fallait que l’engagement des intéressés soit
irréversible.« À l’absolu de la quête, expliquait-il, répond l’absolu des
possibles. La part d’infini contenue dans notre engagement nous met en contact
avec l’infini lui-même, un niveau supérieur d’existence que l’on peut appeler le
“tout possible”, où ce que nous nommons habituellement “hasards ”,
“coïncidences” ou “synchronicité” prennent source et trouvent sens. » Avec les
plus avancés de ses co-expérimentateurs, Jean-Pascal Debailleul s’est donc mis
en tête d’observer la fécondité à l’œuvre dans l’expérience de vie des uns et
des autres, en sollicitant l’apparition de synchronicités qui pourraient les
faire avancer plus vite dans leurs quêtes respectives. « On ne s’accomplit
jamais seul, dit-il ; pour prendre un exemple simple, si mon désir est de vendre
ma maison, il faut qu’il existe quelque part quelqu’un qui souhaite l’acheter et
que la jonction s’opère. »

Au début de ses ateliers, pour illustrer cette
imbrication du fil de notre vie dans un canevas plus large, Jean-Pascal
Debailleul utilise souvent cette énigme : comment relier entre eux neufs points
disposés en carré à l’aide de quatre droites, sans lever le crayon ?
Généralement, les gens cherchent longtemps avant de répondre : « impossible » ou
« je ne vois pas. » En fait, le seul moyen d’y parvenir est de prolonger la
première droite formée par la réunion des trois points d’un côté jusqu’à un
dixième point invisible, situé en dehors du carré lui-même. De là, il devient
soudain aisé de relier entre eux les points restants en trois coups de crayon. «
De même, enfermés dans le cadre de notre problème, nous ne pouvons lui trouver
de solution. En élargissant au contraire le champ de notre attention au contexte
le plus large, donc au tout possible, ce n’est finalement pas un point
invisible, mais huit, qui s’offrent à sa résolution, transformant au bout du
compte le carré en étoile à huit branches, c’est-à-dire l’inscrivant dans une
trame bien plus vaste - puisque chacun de ces points est lui-même relié à un
autre carré, un autre problème... »

Chasseurs de
synchronicité

Manifester ces points invisibles, contacter le plan de
synchronicité où tout s’imbrique et l’activer, c’est ce que s’emploient
justement à faire les habitués de la « Voie des contes » durant leurs séances de
« questionnement en synchronicité ». Chaque semaine, une dizaine de personnes se
retrouvent ainsi, chacune porteuse d’une question vitale - on n’attire pas la
synchronicité avec des futilités -, qu’elle énonce devant les autres afin, tout
à la fois, de s’engager et de se mettre en position de lâcher-prise.

_________________
Cherchant, n'oublie jamais que vivre ici et maintenant te permet, par l'ancrage dans le quotidien et les gestes multiples de ta vie ordinaire, de t'exercer sans cesse à plus de conscience car "je ne suis réel que lorsque je suis !" disait Gurdjieff.
Ainsi s'extraire de l'illusion pour entrer dans la réalité de l'Eveil, tel est le propos sous-jacent à l'ensemble du forum.
Bien à vous.
                                                              Lancelot .
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