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 Pathos II

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LancelotdeFohet
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MessageSujet: Pathos II   Ven 12 Déc 2008 - 4:42

Une
pathologie grave n'arrive jamais sans qu'il y ait eu au préalable une série de
signaux mettant en évidence les lieux posant problème. Cet équilibre entre le
physiologique et la construction psychique relève d'un subtil va-et-vient dont
nous ne connaissons pas tous les paramètres. On peut par exemple se demander
pour quelles raisons dans un certain cas de figure, une personne va déclencher
un processus psychotique plutôt qu'une pathologie physique. Le dosage entre ce
qui peut être pris en charge par la psyché ou par le corps est encore totalement
inconnu et sera sans doute mis en évidence au fur et à mesure de l'exploration
de cette zone frontière.

La part du collectif et de
l'individuel

Il est étonnant de considérer qu'une manifestation
destructrice du corps puisse avoir en définitive un rôle protecteur. Cette
conception rejoint le rôle nécessaire et paradoxal de la mort dans le processus
de vie. À cet égard, Platon montrait déjà que la mort était le meilleur garant
de notre éternité. C'est une conception acceptable si l'on se place sur un plan
collectif, mais beaucoup plus difficile à admettre quand on se trouve
individuellement aux prises avec une maladie grave.
On peut en effet
considérer que le cancer, par exemple, vient mettre à jour notre impasse
collective à gérer les processus unitaires face à la pression du matérialisme,
mais il sera toujours beaucoup plus difficile de démonter ces mécanismes pour
son propre compte, en cas d'atteinte personnelle de la maladie. Le partage entre
la responsabilité individuelle et la part collective de l'évolution n'est pas
évident. Comment expliquer qu'un enfant atteint d'une pathologie invalidante
puisse arriver dans la vie d'un jeune couple qui l'attend avec ferveur ? C'est
sans doute le point le plus délicat de notre démonstration.
Nous prendrons
l'exemple de l'arrivée d'un enfant atteint d'une cécité totale et irréversible.
Comment des personnes saines de corps et d'esprit peuvent-elles donner naissance
à un enfant aveugle ? Quelle peut être la logique qui sous-tend une telle
injustice ?
Nous avons essayé de montrer que la fonction de voir, pour
l'homme, se dédoublait entre une faculté de voir le monde extérieur et la
nécessité de développer une vision intérieure créant le pôle imaginaire. Nous
avons également admis que cette vision intérieure s'élaborait progressivement
par le développement des facultés de discernement. La vision n'est donc pas la
même à tous les âges de la vie, mais elle n'est pas non plus la même aux
différentes époques de notre histoire. Face au monde qui l'entoure, l'homme
développe une vision intérieure qui implique une distanciation plus ou moins
grande selon ce qu'il est capable d'assimiler de cette réalité.
Un enfant qui
naît aujourd'hui en plein coeur de Paris ne va pas développer le même imaginaire
que celui qu'il aurait développé s'il était né au Moyen Âge ou au XVème siècle,
ou encore dans un village d'Afrique. Son appréhension individuelle est forcément
différente car référente du développement des processus de son Moi en fonction
de son époque et de sa région. La vision s'élabore à partir de ce que le monde
donne comme matière à penser.
Cependant, sur le plan individuel, cette vision
ne va pas de soi. Nous avons vu qu'elle se construit de manière individuelle au
travers des relations établies avec l'entourage. Elle est donc dépendante
d'aspects simplement familiaux tout en étant référente d'une époque historique
qui stimule un accès spécifique à la réalité.
L'expérience visuelle subit des
transformations progressives en rapport à la fois avec les personnes et avec le
courant évolutif. On peut supposer, selon ce schéma, que chaque famille transmet
à la génération suivante sa propre expérience de la vision grâce au jeu
relationnel. Cela conduit vraisemblablement à des réorganisations génétiques qui
vont pouvoir permettre de retranscrire cette évolution. Cependant, et c'est là
où le corps joue un rôle actif, les impasses du développement sont également
transmises.
Ainsi, après plusieurs générations, les difficultés visuelles par
exemple, peuvent aboutir à une impasse totale. Par difficultés visuelles, nous
entendons un manque de discernement en rapport avec les problèmes existentiels.
On peut ainsi supposer que la naissance d'un enfant aveugle survient quand les
générations précédentes ont peu à peu laissé se détériorer cette faculté
imaginaire concernant l'intériorisation de la vision. La cécité de l'enfant
devient alors le point aveugle d'une famille et symbolise cette impasse de
l'accès à la vision lucide.
Cet enfant aveugle sera par contre en mesure de
développer une puissante vision intérieure, qui viendra contrebalancer le
déséquilibre familial. Il va sans dire qu'il faudra plusieurs générations pour
qu'une telle symbolisation soit possible, ce qui déculpabilise les parents
directs. Il convient également de préciser que les parents de cet enfant n'ont
aucune conscience de la pauvreté de leur propre vision intérieure.
En effet,
quelle est la part d'aveuglement illusoire dans notre vision du monde
?
Autant de questions qui courent d'inconscients à inconscients et qui se
focalisent à un moment donné. En revanche, il est certain que les soins
affectueux que porteront les parents à cet enfant permettront de développer
certaines aptitudes à «voir» différemment.
On aurait pu faire la même
démonstration avec la surdité et démontrer la fermeture de l'âme d'entendement,
ou avec toute autre pathologie invalidante. Cette conception est le prix
terrible à payer d'une logique évolutive qui préserve en priorité la liberté de
l'homme. Elle assure une responsabilisation de chaque acte soit immédiate, soit
sur les générations qui suivent, et permet ainsi aux hommes d'accéder à une
connaissance qu'ils ne doivent qu'à eux-mêmes.
Cette analyse n'entre pas en
contradiction avec les découvertes génétiques. Bien au contraire, le génome
pourrait être l'instrument de ces rééquilibrages successifs réinscrivant ainsi
dans le corps l'histoire de l'évolution de l'homme. Il ne s'agit pas de
transmettre des caractères acquis, mais au contraire de libérer la génétique du
poids d'un conditionnement physiologique.

La génétique
Les
problèmes actuels de la génétique représentent une énigme qui a été un peu
rapidement laissée de côté par les généticiens. En effet, depuis la découverte
de gènes logés dans le noyau des cellules et localisés sur les chromosomes au
début du XXe siècle, jusqu'à la reconstitution du codage génétique à partir de
l'ADN, le génie génétique ne cesse d'aller de découvertes en découvertes. Si
dans une première approche, le gène semble être le lieu de notre origine
déterministe, le mode de fonctionnement du matériel héréditaire est cependant
loin d'être élucidé. Les récentes découvertes permettent d'émettre des
hypothèses qui peuvent confirmer une certaine interdépendance dans l'élaboration
du corps et de la psyché. Sans entrer dans le détail de cette avancée, on peut
cependant en délimiter les grandes lignes d'interrogation qui rejoignent notre
propos. Le questionnement concerne le fonctionnement de l'ADN. Nous rappellerons
brièvement que la molécule d'ADN est constituée de l'assemblage de deux chaînes
enroulées l'une autour de l'autre qui s'organisent en une double hélice. Les
variations des combinaisons des quatre bases nucléiques qui forment l'ADN
constituent le code génétique. L'ADN ne forme pas directement une protéine, mais
engendre un messager ribonucléique complémentaire qui se fixe sur un ribosome.
L'ARN messager se présente donc comme une copie de l'ADN.
En 1985, un
étudiant en biologie découvre et isole des « modifications de la séquence
nucléotidique de l'ARN » qui modifient le sens du message. Cet editing d'ARN fut
par la suite vérifié par de nombreux chercheurs qui confirmèrent notamment que
les modifications apportées au message n'étaient pas mineures. Cette découverte
révolutionnaire implique qu'il peut exister une dialectique entre le code et la
forme qu'il engendre. Autrement dit, la théorie du primat du code s'écroule. Des
recherches encore plus récentes ont mis en évidence la possibilité d'apparition
de gènes - qui plus est avec une vocation guérisseuse !
Antérieurement à
cette découverte sur l'ARN, il a également été observé l'existence d'une
quantité d'ADN non-codant qui pourrait représenter jusqu'à 90 % de l'ADN humain.
Pourquoi tout cet ADN inutile ? Que représente-t-il ? En a-t-il toujours été
ainsi pour l'homme ? Peut-on supposer que l'ADN codant et la nébuleuse d'ADN
non-codant pourrait avoir un effet de miroir ? Il est vrai que ce magma souple
non-codant laisse rêveur quand on connaît la puissance de l'image et
l'importance de l'effet miroir dans la constitution de l'homme.
Ces quelques
réflexions nous permettent d'émettre les plus grandes réserves sur la
manipulation génétique et surtout sur la manipulation génétique « aveugle ». On
ne peut plus aujourd'hui se permettre d'expérimenter puis penser ensuite. Il est
indispensable de relier la théorie à l'expérimentation. Elle nous permettra de
situer le genre humain dans ses limites physiologiques, mais dégagera son
extraordinaire pouvoir de penser. Cependant, et pour rester dans la logique
évolutive de notre démonstration, nous devons admettre que si l'homme découvre
aujourd'hui le pouvoir génétique, c'est qu'il a sans doute atteint une avancée
de sa conscience lui permettant de toucher à l'essentialité de ses
origines.
En effet, que ce soit avec le gène ou avec l'atome, l'homme s'est
ouvert le chemin de l'exploration des plus petites particules qui nous fondent:
le un de l'atome et le un du gène. Cette possibilité d'investir l'origine n'est
pas fortuite. Elle marque une étape fondamentale dans l'avancée vers la
conscience qui ouvre la possibilité d'éclairer cette origine. La puissance
nucléaire de la fission du « un » de l'atome a montré qu'il était dangereux de
jouer avec cette énergie. Les retours des manipulations génétiques en aveugle ne
manqueront pas de faire sentir leurs effets. Il y a par conséquent au cœur de
cette avancée une manière plus subtile d'aller sonder le mystère de
l'origine.

Source : La Maladie, le mythe et le symbole de Linda et René


Gandolfi - Edition du rocher

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