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 Pathos III à lire dans l'ordre I , II, II

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LancelotdeFohet
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MessageSujet: Pathos III à lire dans l'ordre I , II, II   Ven 12 Déc 2008 - 4:43

Nous prendrons pour illustrer le danger de cette utopie un seul
exemple réel, celui de l'ablation de la thyroïde effectuée sur un enfant de
quinze ans. La mère de ce jeune garçon fut atteinte d'un cancer de la thyroïde à
l'âge de trente-sept ans. Étant capable à présent d'isoler le gène cancéreux,
les médecins ont demandé aux membres de cette famille de procéder à une
détection du gène cancérigène. Jusque-là, la démarche préventive paraît tout à
fait logique et intéressante. Il s'avéra que le propre fils de la malade était,
hélas, porteur du gène. Les médecins ont alors vivement incité les parents du
jeune homme (comme ils l'auraient fait de tous les membres de la famille
porteurs du gène) à effectuer l'ablation de sa thyroïde en parfait état, en
prévision de ce qui pourrait lui arriver.
C'est là où, à notre avis, la
prévention va trop loin dans ses conclusions. Rien ne permet de supposer à
l'heure actuelle que ce jeune homme aurait obligatoirement activé ce gène, alors
que l'absence de thyroïde entraînera incontestablement des conséquences
médicales contraignantes. En allant plus loin, on peut même envisager que la
logique du corps devra trouver une autre voie de symbolisation s'il y a lieu,
brouillant les pistes de l'interprétation.
Supprimer un gène malade dans
l'embryon au moment de la fécondation, comme cela vient d'être réalisé, peut
effectivement être une tentation très séduisante et ouvrir de nombreux espoirs,
mais cela peut aussi nous réserver des surprises désagréables que nous devons
absolument évaluer. L'élimination du gène porteur de maladie ne règle pas tous
les problèmes de la reproduction. L'embryon débarrassé des gènes indésirables se
développera dans le ventre maternel, et l'enfant issu de cette gestation
grandira dans une famille d'ores et déjà marquée par la pathologie. Le symbole
demeure et il serait vain de croire que la manifestation matérielle d'un
symptôme est sa seule existence. En revanche, la possibilité de connaître la
présence d'un gène peut permettre une prévention efficace si l'on s'intéresse à
l'aspect relationnel déclencheur de la pathologie. Nous mesurons cependant ici
l'illusion que peut représenter la volonté de modifier ces mécanismes. On
comprend que le corps trouvera d'autres parades pour symboliser les impasses
psychiques. La vision symbolique invite les hommes à penser le futur et à
mesurer les conséquences de leurs actes.



Rôle structurant de la
pathologie


Enfin, la troisième tâche de la pathologie semble être son

pouvoir structurant.

On ne peut nier que les maladies transforment. C'est

très sensible chez les enfants qui ponctuent leur croissance et leur évolution

au fil des poussées de température. De même, toute pathologie grave dont un

adulte réchappe laisse des traces de maturation incontestables.

La découverte

d'une mutation génétique permettant de résister au sida interpelle sur le rôle

compensatoire des pathologies. D'après les chercheurs, le gène CCR5 qui permet

au virus du sida d'infecter les cellules du système immunitaire a subi une

modification chromosomique qui interdit cette pénétration. La mutation serait

apparue en Europe au cours d'une vaste épidémie (peut-être la peste) et ne

concernerait pour l'instant qu'une minorité de descendants européens. Un

inventaire des grandes pathologies permettrait de démontrer à partir de leur

symbolique, qu'elles viennent jalonner le parcours de l'homme testant sa

résistance de plus en plus grande à la contamination, et forgeant par là même

ses processus d'individualisation. Nous renvoyons à cet égard à l'exégèse du

choléra par Giono dans son roman Le Hussard sur le toit, qui constitue sans

doute la meilleure approche actuelle du sens de la pathologie virale. Ce roman

prend pour sujet la vague épidémique de choléra qui sévit dans le sud de la

France au début du XXe siècle. Jean Giono nous montre comment la mort au visage

de choléra vient soudainement anéantir la population d'une région paisible et

ensoleillée. Comme un raz de marée, le virus vient arracher les hommes à leur

quotidienneté, les obligeant à sortir de l'enlisement de leurs sentiments

médiocres. Angelo, le héros de Giono, jettera un regard à la fois tendre et

sévère sur cette humanité repliée sur elle-même qui, face à la mort, est invitée

à relever le défi hégélien de la valeur humaine.



COMMENT SE SOIGNER ?
COMMENT LUTTER EFFICACEMENT CONTRE LA MALADIE ?


Si la maladie convoque

l'homme dans ses processus de conscience, cela ne veut pas dire pour autant que

nous devons rester passif face à ses attaques. Bien au contraire, elle nous

invite à réagir et à dépasser les faiblesses de notre Moi qu'elle ne fait que

révéler. Par conséquent, la mobilisation contre ses attaques est importante et

comporte en soi un début de dépassement.

Comment aujourd'hui aborder la

pathologie ? Le médecin doit-il devenir un psychologue ou mieux un anthropologue

? Doit-on revenir à la fonction de prêtre-médecin ou au chamanisme?

Certes

non, mais il est cependant nécessaire de faire évoluer les pratiques et de

sortir des clivages de spécialité qui cloisonnent aujourd'hui non seulement

l'exercice médical, mais la recherche. La principale difficulté réside dans la

résistance opposée par le monde scientifique à l'impact des données

inconscientes. Cependant, nous avons constaté tout au long de cet essai à quel

point cette résistance était nécessaire à la construction psychique. Il ne

faudra donc pas oublier que les médecins et les soignants mais aussi les

psychanalystes sont pris dans le processus de l'évolution et qu'ils

stigmatisent, au niveau collectif, les enclaves de cette résistance. Reprenons

le cas du cancer qui représente aujourd'hui en France la première maladie

mortelle. Freud a proposé au début du siècle une interprétation de cette

pathologie en fonction des processus inconscients qu'il découvrait. Il évoqua

notamment la possibilité d'un narcissisme des cellules germinales qui

correspondrait à l'expression de l'impasse dialectique entre l'intérieur et

l'extérieur du corps. «Il se peut, écrivait-il, que les cellules des tumeurs

malignes si destructives pour l'organisme soient narcissiques au même sens du

mot.» Cette définition est tout à fait recevable du point de vue clinique.

L'évolution de la pathologie et la situation actuelle auraient même tendance à

aller dans le sens de la proposition de Freud. Or, à aucun moment, dans les

comptes-rendus scientifiques de la recherche sur le cancer, cette approche n'est

mentionnée. Peut-être que Freud se trompe et que son approche est erronée. Là

n'est pas le problème. La vérité ne pourra être éclairée que s'il y a une réelle

confrontation des positions. Ce qui doit changer aujourd'hui dans le

comportement médical, c'est la négation des recherches des autres domaines et la

fermeture à toute discussion.

La vérité ne peut être approchée que par un

dépassement des positions contraires. Il n'y a pas quelqu'un qui a raison et

quelqu'un qui a tort, mais des positions qui gagnent à être discutées. La

compétition entre chercheurs a eu des effets bénéfiques, mais l'heure de la

mondialisation invite à une collaboration fructueuse au-delà de toute ambition

personnelle et narcissique. Cela dit, ce bloc de résistance passive est

incontestablement en train de s'effriter, notamment sous la pression de plus en

plus forte des patients, car c'est d'eux évidemment que viendront les plus

grands changements.

Preuve en est cette petite histoire concernant un patient

atteint d'un début de sclérose en plaque. Habitué des nouvelles technologies, ce

malade alla consulter sur Internet tous les sites relatifs à la sclérose en

plaque. Il recueillit ainsi un impressionnant dossier constitué des diagnostics

médicaux de différents pays, d'études diverses sur la recherche tant sur le plan

somatique que psychique, de l'ensemble des traitements testés avec les

pourcentages de réussite ainsi que les effets secondaires, et des témoignages de

malades eux-mêmes.

Après avoir étudié ces diverses données, il alla consulter

un professeur renommé, spécialiste dans ce domaine. Le professeur commença par

proposer un traitement sans donner d'explication. Le malade exposa alors les

effets et les limites du traitement qu'il avait pu constater compte tenu des

témoignages recueillis sur Internet. Quelque peu surpris, le professeur proposa

alors d'autres traitements qui furent tous discutés et analysés par ce patient

très informé. Le traitement choisi fut le résultat d'une véritable analyse dans

laquelle le patient joua un rôle important. Cet exemple témoigne sans doute de

ce qui va se passer dans les années à venir et qui modifiera profondément

l'approche médicale. Les conséquences d'un tel positionnement sont énormes.

D'abord, elles tendent à responsabiliser le patient face à sa maladie. Il y a

tout lieu de penser que sa mobilisation active amènera des réactions

intéressantes de la part du corps. C'est incontestablement un pas vers

l'émergence de la conscience. Ensuite, elles détrônent les détenteurs d'un

savoir qui devront se confronter à une véritable quête de la connaissance.

Enfin, elles réclament sans doute plusieurs intervenants dans la démarche

thérapeutique, chacun apportant sa collaboration efficace sans forcément se

concurrencer. Georg Groddeck disait que «le principal danger qui guette le

médecin, c'est l'hybris», mais il ajoutait aussitôt non sans ironie : «certes,

sans l’hybris, il ne serait pas médecin». Par conséquent, trois soucis doivent,

à notre avis, conduire l'acte thérapeutique face à la

pathologie.



L'arrêt de la souffrance

Si nous pensons que la

maladie a un potentiel rédempteur, la souffrance ne nous paraît pas, en

revanche, d'une grande nécessité, hormis peut-être le fait qu'elle donne du

poids au plaisir de la vie. On ne doit pas perdre de vue que la souffrance est

la première forme de l'aliénation et qu'il ne pourra pas y avoir de réflexion

sensée de la part du malade s'il n'y a pas un minimum d'apaisement de la

douleur. La souffrance morale est, nous semble-t-il, largement suffisante pour

nous inviter à une réflexion. La souffrance physique est aujourd'hui de mieux en

mieux maîtrisée notamment grâce à l'allopathie et à la mise en place d'un

système hospitalier efficace. Ces moyens constituent une bonne médecine de

l'urgence permettant de gérer le problème en premier ressort. Cependant, le fait

d'opérer et d'enlever une tumeur cancéreuse, par exemple, ne constitue pas une

véritable guérison.



La guérison

La guérison suppose avant tout

un diagnostic, terme dont l'étymologie signifie « au travers de la gnose »

(connaissance). L'homéopathie est aujourd'hui l'une des rares médecines à

proposer un diagnostic qui prenne en compte le comportement général des

patients. Le concept de similitude entre les processus du fonctionnement interne

du corps et les processus externes tels qu'ils se présentent dans la nature, lui

a donné quelques longueurs d'avance. Cependant, son manque de moyens face à la

recherche allopathique et surtout son utilisation abusive par des médecins mal

formés ont renforcé sa marginalisation. L'ouverture de cette manière de penser

le corps amènera vraisemblablement un consensus entre les chercheurs, et les

perspectives sont encourageantes.



La compréhension du langage du
corps


« Si seulement les gens voulaient une bonne fois comprendre qu'ils

sont sans arrêt assis ou debout dans un courant d'air sans en souffrir. Et

puisque la plupart du temps cela ne leur fait rien, il faut bien qu'il y ait

quelque chose en plus, pour que cela leur fasse du mal », résume Groddeck. C'est

tout le champ qui reste à structurer en fonction de la synthétisation des

recherches actuelles, auxquelles cet essai tente d'apporter sa contribution. Le

moment est sans doute venu pour l'homme de se saisir de ce fonctionnement non

pas pour éviter toute pathologie, mais pour marquer, peut-être, une pause dans

cette avancée aveugle et reconsidérer les paramètres de son

cheminement.

C'est un pas important et nécessaire, équivalant sans doute à ce

premier passage entre le temps mythique et le temps historique, qui nous conduit

vers une étape capitale de l'expérience du réel. Nous ne pouvons qu'avoir

l'intuition de la révolution qu'elle présume. Le passage du mythe à une parole

constructive impose cependant la traversée de la tragédie existentielle, nous

amenant à revisiter le mythe d'œdipe à partir d'une vision anthropologique.

C'est là que nous conduit Sophocle en mettant en scène cette tragédie de

l'humain mais en montrant aussi, de façon à peine voilée, à la manière des

Pythies, le moyen de réfléchir le destin autrement que par une avancée

aveugle.

Source : La Maladie, le mythe et le symbole de Linda et René

Gandolfi - Edition du rocher

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Cherchant, n'oublie jamais que vivre ici et maintenant te permet, par l'ancrage dans le quotidien et les gestes multiples de ta vie ordinaire, de t'exercer sans cesse à plus de conscience car "je ne suis réel que lorsque je suis !" disait Gurdjieff.
Ainsi s'extraire de l'illusion pour entrer dans la réalité de l'Eveil, tel est le propos sous-jacent à l'ensemble du forum.
Bien à vous.
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MessageSujet: Re: Pathos III à lire dans l'ordre I , II, II   Mer 17 Déc 2008 - 15:03

Merci mille fois, cette recherche est vraiment interessante
Veda
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LancelotdeFohet
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MessageSujet: Re: Pathos III à lire dans l'ordre I , II, II   Mer 17 Déc 2008 - 17:39

Merci, j'aime partager ce que je trouve et qui va dans le sens de notre compréhension. le Forum est là pour cà.

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MessageSujet: Re: Pathos III à lire dans l'ordre I , II, II   

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Pathos III à lire dans l'ordre I , II, II
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