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 Etats modifiés de conscience en rêve et la mise en cause du

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LancelotdeFohet
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MessageSujet: Etats modifiés de conscience en rêve et la mise en cause du   Lun 26 Oct 2009 - 14:27

Etats modifiés de conscience en rêve et la mise en cause du concept de "réalité"

Par Juste Duits, philosophe






Le champ de prédilection pour les ECM réside dans
nos rêves. Des expériences surprenantes peuvent se dérouler durant
notre sommeil. Une exploration aussi variée qu’étonnante dont Juste
Duits, professeur de philosophie, nous donne un petit aperçu.


Les rêves lucides

De plus en plus de personnes
témoignent de rêves lucides. Ce phénomène était encore considéré comme
"impossible" voilà quelques années, puisqu’il constitue un état
paradoxal : au beau milieu d’un rêve, le sujet devient "éveillé" sans
se réveiller ! Il s’aperçoit, souvent par un détail incongru, qu’il est
en train de rêver. A cet instant, il peut par exemple prononcer à haute
voix : "Ceci est un rêve !" C’est alors un sentiment d’émerveillement
et de liberté intense, il se dit qu’il peut virtuellement tout faire,
que les limites ordinaires n’existent sans doute pas dans le monde
onirique, et il va s’essayer sans restrictions "physiques" ni même
morales ! Ainsi les rêveurs lucides expérimentés jouent de multiples
façons.

Témoignage du psychologue anglais Alan
Worsley : "Lorsque, en rêve lucide, j’ai enfoncé mes mains de chaque
côté de ma tête et que les extrémités de mes doigts se sont rejointes,
je ne savais pas à quoi m’attendre puisque je n’avais jamais fait cela
à l’état de veille (...) - J’étais familiarisé avec le fait de passer
un couteau onirique au travers de mon poignet onirique sans que cela
n’entraîne de blessure. - Ce qui se passa, c’est qu’au milieu de mon
crâne j’ai rencontré une sphère plus petite qui semblait plus dure à
pénétrer. (...)"

Patricia Garfield a fait des centaines
de rêves lucides, les orientant de façon à réaliser tous ses désirs :
expérimenter des relations sexuelles, des sports dangereux, des
voyages, etc.

Pourtant, il arrive souvent que l’on
veuille faire quelque chose en rêve lucide et que l’on n’y réussisse
pas : ainsi voler demande un effort, et c’est après un certain temps de
pratique que l’on peut provoquer l’envol de façon volontaire. De même
faire apparaître des lumières vives, ou un soleil... C’est comme si le
monde du rêve résistait et présentait une "réelle" consistance.

"Pour moi, paradoxalement, la lucidité
fait que le monde des rêves ressemble davantage à un endroit réel, bien
que je sache plus clairement qu’il s’agit d’un rêve." (A.Worsley) Le
rêve lucide est en général coloré, on y touche les objets qui prennent
une lourdeur, un volume quasi-concret, on touche des choses que l’on
sent pâteuses, on peut y entendre sa propre voix résonner comme dans un
espace extérieur.

Un exercice a été mis au point pour "densifier" le monde des rêves : compter.

Témoignage que m’a raconté Christian
Marcel Bouchet, auteur d’une thèse de doctorat en philosophie sur le
rêve lucide et la structure de la conscience : un sujet se met à
compter lentement de 1 à 10, l’environnement du rêve devient de plus en
plus "réel", lourd, présent. A un moment, le sujet s’arrête et décide
de se réveiller ; mais le fait de se dire "je veux me réveiller" ne
suffit pas. Il se sent enfermé dans son rêve et doit recommencer à
plusieurs reprises avant de réussir à échapper à ce monde qui semble se
refermer sur lui !

Les mondes multiples

Seul l’univers matériel est dit
"réel", alors que nos rêves seraient de simples "imaginations" ne
subsistant pas par elles-mêmes. Cette opinion repose sur les qualités
que l’on attribue au monde de veille - consistant, durable, etc.- et
qui semblent absentes du rêve. Mais on trouve des exceptions, comme
nous l’avons vu avec les rêves lucides. Il suffit parfois d’un petit
fait bien attesté pour changer un paradigme scientifique. Cette
séparation entre "rêve" et "réalité" n’est-elle pas sur le point d’être
bouleversée ? Question à première vue bizarre : y a-t-il vraiment une
différence entre le monde de veille et le monde que nous explorons lors
de certains rêves ?

Essayons de bien comprendre l’enjeu :
dans le monde physique, temps linéaire, séparation et lois mécaniques
semblent régner. Mais si d’autres mondes, par exemple ceux qu’Henri
Corbin regroupait sous le terme d’Imaginal, sont consistants, tous nos
repères basculent. Il devient alors envisageable qu’il y ait plusieurs
mondes réels, simultanés, et que chacun de nous puisse exister
parallèlement dans des univers multiples. Nous ne découvrions notre
véritable condition que fugacement, lors de grands songes, d’états de
conscience élargis, etc. Chaque individu cesserait alors d’être
subordonné aux seules lois du plan physique, puisqu’il vivrait aussi
dans d’autres "plans". On le voit, la question de la mort et de la
nature ultime de la personne se trouvent concernées ici au premier chef.

Y a-t-il des caractéristiques qui
n’existent que dans notre monde physique, et qui attestent bien qu’il
est le seul à être réel ?

1. Le sentiment de réalité et la netteté des perceptions

Lors de certains rêves et des rêves
lucides, les rêveurs ressentent la dureté des "objets", la vivacité des
couleurs, la gamme des sons, avec encore plus de réalité que... dans la
réalité ! La consistance du monde onirique varie énormément, dans
quelques rêves on perçoit même des odeurs et des goûts, dans d’autres
tout semble léger et évanescent. Mais ne peut-on pas dire la même chose
du monde de veille, qui suivant notre état intérieur apparaît dense ou
factice ?

2. La présence des autres !

"L’existence des autres sujets" n’est
pas la preuve certaine que nous sommes dans un monde réel. Il arrive de
rencontrer des personnages élaborés, capables de nous surprendre ou de
tenir des raisonnements complexes dans quelques rêves (et visions) tout
comme dans la réalité !

Il semble même que l’on puisse
attribuer une certaine conscience propre aux personnages vus en rêves.
Hypothèse "gratuite" et qui pourtant commence à être testée à
l’université Goethe de Francfort par l’équipe du professeur Paul Tholey.

L’expérimentation a été accomplie par
9 rêveurs lucides chevronnés. "Il a été demandé aux sujets de faire
effectuer certaines tâches à leurs personnages de rêve pendant leurs
rêves lucides. Les tâches consistaient à écrire ou dessiner : 1) écrire
ou dessiner quelque chose qui soit opposé ou inversé par rapport à la
position du moi de rêve (le personnage du rêve se trouvant en face du
moi de rêve) ; 2) prononcer un mot inconnu du moi de rêve, trouver un
mot rimant avec un mot particulier.(...) 4). Faire des opérations
arithmétiques (...)"

Exemple d’un récit de rêve : "Dans la
chambre, je rencontre une femme que je connais. Comme je l’avais
projeté, je lui demande de me dire un mot étranger qui ne me serait pas
familier. Aussitôt elle dit : "Orlog. Le mot "orlog" décrit très bien
notre relation."(...) Quand plus tard je lui demandais ce que ce mot
signifiait, elle nia l’avoir prononcé arguant qu’elle avait utilisé le
mot "Charme". (...)

Après s’être éveillé, le sujet cherche
le mot "Orlog" dans un dictionnaire et découvre que c’est un mot
hollandais qu’on peut traduire par "querelle".

Pour ma part, il m’est arrivé de dire
à un personnage vu en rêve : "Tu n’es qu’un personnage de rêve !"
Celui-ci semblait me prendre pour un fou, et réagissait un peu comme à
quelqu’un dans le monde de la veille à qui j’aurais annoncé cela.

Par ses nombreuses expérimentations,
Tholey en conclut que certains personnages de rêves semblent posséder
une "conscience propre", en agissant comme s’ils avaient leurs
intentions et leurs motivations ! D’ailleurs lors de songes marquants,
il arrive de rencontrer un personnage plus intelligent que soi :

Lorsque j’avais 8 ou 9 ans, j’ai vu un
vieil indien en rêve qui m’a parlé des épreuves vécues par son peuple,
et son discours était bien plus complexe que ce que j’aurais pu penser
consciemment à cette époque et sur ce sujet.

3. La continuité

Chaque jour, je me réveille dans le
même monde ; c’est ce fait têtu qui m’incline à donner le nom de
"réalité" à ce monde-là plutôt qu’à un autre. Mais... il existe des
"rêves continués" : durant de nombreuses nuits d’affilées, certains
sujets prolongent une même histoire, avec les mêmes personnages et un
environnement stable. Bien sûr, cela ne s’étend pas sur 80 ans. Mais la
continuité temporelle n’est pas un élément certain : "la vie est un
long rêve dont la mort est l’éveil" nous prévient une sentence arabe.
Si la seule différence entre "vie" et "rêve" est la longueur, on peut
imaginer un univers poupée-russes, où à chaque fois l’on croit se
réveiller pour tomber dans un autre songe, plus vaste.

D’ailleurs, les rêves de "faux éveils"
existent, un sujet entendant sonner son radio-réveil, commençant à
ouvrir les yeux, à se lever de son lit, d’humeur maussade... Puis peu à
peu, par des détails infimes il pressent qu’il est encore dans un rêve !

Témoignage verbal de Séverine : "Ma
maman vient me réveiller pour aller au lycée. Je me lève de mon lit, ma
chambre est comme d’habitude, je m’habille, descend l’escalier et
commence à prendre mon petit déjeuner et tout à coup je vois le lait
rester en suspension dans l’espace. Je me dis que je rêve, je remonte
l’escalier pour me recoucher et ensuite, me réveiller à nouveau..."

On recense parfois plusieurs "faux
éveils" d’affilée ! A tel point que certains rêveurs ont du mal à
"sortir" du rêve, ils entrent à chaque fois dans un nouveau rêve qui
débute par une séquence parfaitement banale et réaliste, dans leur
décor familier...

Ces exemples tendraient à aller dans
un sens inattendu. A savoir : la différence entre "monde réel" et
onirique serait quantitative, mais pas qualitative. On retrouverait un
peu plus de stabilité dans le monde physique, sans qu’il y ait de
différences notables entre certains rêves et la réalité.

Même si la sensation du monde de rêve,
sa densité subjective rappelle parfois le monde de veille, en revanche
il existe une différence notable : contrairement au monde physique, le
monde onirique reflète nos états d’âme et nos obsessions, fantasmes
etc., il constitue une mise en scène de notre psychisme.

Voyons deux arguments qui risquent de
semer le doute. D’une part, il existe quelques phénomènes troublants,
où l’individu ressent que "la réalité" extérieure coïncide avec ses
processus psychiques les plus profonds. Nous voulons parler ici des
coïncidences significatives, ces synchronicités qui ont passionné C.G.
Jung et le célèbre physicien Wolfgang Pauli. Nous ne pouvons aborder ce
sujet, mais le sens des synchronicités pourrait bien être qu’il existe
un niveau du réel où "intérieur" et "extérieur" ont leur source commune.

Un autre phénomène laisse très
perplexe, et semble suggérer que le "rêve" pourrait bien être une forme
de réalité plus que subjective. Il s’agit des rêves partagés. En effet,
si nous sommes plusieurs à faire un même rêve, cela signifie que ce
rêve échappe aux états d’âme d’une seule personne ! Il existe un petit
nombre de témoignages de "rêves partagés", où deux individus se
retrouvent au même moment dans une même scène onirique.

Les rêves partagés

Il m’est arrivé deux fois de
rencontrer des personnes dignes de confiance, qui m’ont raconté avoir
fait un rêve commun avec des proches ! Une collègue de travail a rêvé
d’une maison très animée, où se tenait une grande fête ; elle y
rencontra son meilleur ami. Puis ils furent poursuivis par un monstre.
Le lendemain, son ami lui téléphone et lui raconte... le même
cauchemar ! Tous les détails étaient identiques, les convives à la
fête, les pseudopodes et la couleur verdâtre du monstre, etc. Mieux :
ils s’étaient vus mutuellement, chacun avait vu l’autre dans son rêve.

J’ai pu entendre un second témoignage
spontané, cette fois par un ami infirmier dans un service de soins
intensifs. Il était à Venise avec sa compagne et un autre couple. Une
nuit, il fait un cauchemar où il survole longuement un paysage lunaire,
sinistre, dont se dégage une ambiance angoissante. Il s’éveille presque
au même moment que sa fiancée et l’autre couple, et tous se racontent
exactement le même songe inquiétant.

Les questions soulevées par ces rêves
mutuels sont extrêments vastes. En gros, trois hypothèses semblent
possibles : soit il s’agit de télépathie, les deux sujets créants
ensemble un paysage mental ; soit il existe certains lieux "stables",
indépendants de notre esprit, dans lesquels nous pouvons nous retrouver
lors d’états modifiés de conscience... Ceux-ci pourraient correspondre
à ce que la Kabbale appelle des Sephiroth, ces espaces "immatériels" et
pourtant réels, qui composent des dimensions différentes.

Bien sûr, ces deux possibilités peuvent se mélanger !

Enfin on pourrait aborder la dernière
hypothèse, la plus spéculative, à savoir que "toute réalité" est une
cocréation de plusieurs consciences. Dans cette optique, même notre
monde matériel stable serait un "grand rêve partagé" ! Ainsi, les
multiples esprits bâtiraient ensemble certains mondes qu’ils
expérimenteraient, et qui finiraient par se dissoudre lorsqu’ils ne
sont plus "alimentés" par la pensée d’êtres conscients.

Mais par quelles expérimentations sera-t-il possible de départager de telles hypothèses ?

Post-scriptum : Nous n’avons pas
abordé nombre d’états modifiés de conscience en rêve, par exemple les
rêves multiples : un même sujet mène plusieurs rêves à la fois, en
parallèle si l’on peut dire. Dans ces cas, la conscience semble se
diffracter tout en restant aussi vive.

Nota :

Pour le rêve lucide : Stephen LaBerge, La lucidité onirique, éditions Oniros 1991.

Le revue "Rêver" qui constitue une somme d’expériences et de réflexions théorique sur le sujet.

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